Tinta Blava

  • Le bureau était vide ; je veux dire qu'il n'y avait plus un seul meuble.
    Sur le mur, des taches plus claires là où, avant, étaient accrochés le graphique et les calendriers. Des feuilles de journaux froissés et graisseux, comme il en reste toujours dans un appartement après un déménagement. L'ampoule de soixante watts sans abat-jour répandait une lumière amortie qui ricochait sur le jaune paille taché des murs, sur le vert éteint du sol, sur le corps sans vie de Rodergues.
    Le vacarme des voitures qui klaxonnaient en bas, dans la rue Fontanella, résonnait étrangement dans la pièce vide. La porte séparant ce qui avait été le secrétariat-accueil du bureau de Rodergues - où j'avais fait sa connaissance - s'entrouvrait sur cet ensemble en demi-teintes, produisant une tache d'obscurité. En contournant la masse de chair qui gisait à terre avec un trou dans la tête d'où s'écoulait un filet rougeâtre, je me suis approché de la porte.
    L'interrupteur fonctionnait et une ampoule, la soeur-jumelle de l'autre, m'a fait comprendre qu'il n'y avait rien ni personne dans le petit bureau. L'affaire commençait à se gâter.

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