• " Le plus dangereux pour le théâtre, c'est de servir les goûts bourgeois de la foule.
    Il ne faut pas prêter l'oreille à sa voix, sous peine de tomber du sommet dans l'abîme. Le théâtre est grand lorsqu'il fait monter la foule à lui, ou, s'il ne la fait pas monter, alors au moins l'attire vers les hauteurs. Si on écoute la voix de la foule bourgeoise, on peut très facilement dégringoler. Le désir des hauteurs n'a de raison d'être que s'il est sans compromis. Il faut se battre, coûte que coûte.
    En avant, en avant, toujours en avant ! Tant pis s'il y a des erreurs, tant pis si tout est extraordinaire, criard, passionné jusqu'à l'horreur, désespéré au point de choquer, de faire peur, tout sera mieux qu'une médiocrité dorée. Il ne faut jamais transiger, mais toujours innover, jouer de feux multicolores, nouveaux, jamais vus. Ces feux aveuglent d'abord, mais ils se mettent à flamber en vifs brasiers et ils nous habituent à leur lumière.
    " Ainsi s'exprime en 1901 dans son Journal Vsevolod Meyerhold qui deviendra le plus important metteur en scène soviétique des années vingt, et une des figures-clefs du théâtre du vingtième siècle, celui en qui, au-delà de leurs différences, Planchon et Krejca, Chéreau, Lioubimov et Ariane Mnouchkine, Corsetti, Sellars et Lebl peuvent reconnaître un de leurs précurseurs. Meyerhold, metteur en scène révolutionnaire, Meyerhold, metteur en scène de la Révolution, disparaîtra en 1940, victime du stalinisme.
    Pour l'heure, âgé de vingt-sept ans, il se libère du naturalisme qu'il connaît en tant qu'acteur au Théâtre d'Art de Moscou, chez Stanislavski, son maître : en 1905 s'ouvre devant lui une période mouvementée de recherche, d'expérimentation, qui lui permet d'aborder le répertoire symboliste, et de s'essayer à tous les genres, du drame à la pantomime, du cabaret à l'opéra, du cirque au cinéma. Son oeuvre impose dès lors un théâtre de la " convention consciente ", où la musique tient une place capitale.
    Ce premier volume consacré à la période pré-révolutionnaire rassemble lettres, notes, études, articles et Du Théâtre, le seul livre abouti et publié en 1913. A travers ces textes, un artiste de théâtre, metteur en scène-acteur, se révèle - un homme érudit, inquiet, passionné, rigoureux. Sa sensibilité témoigne pour une époque, ses écrits rendent compte d'une oeuvre en perpétuel devenir, inséparable de la fermentation des milieux artistiques des vingt premières années du siècle.
    Ces textes sont essentiels pour qui veut comprendre les origines du théâtre moderne, qu'il s'agisse de mise en scène ou de jeu de l'acteur, de création ou de pédagogie.

  • Du général Pierre Gallois, né en 1911, on sait habituellement qu'il fut l'un des « pères de la dissuasion nucléaire française ». Mais cette qualité rend très insuffisamment compte de l'ampleur d'une carrière de stratège commencée dans l'armée de l'Air en 1935, et qui s'est poursuivie au-delà de la chute du Mur de Berlin.
    C'est avec l'Air que se confond d'abord le parcours d'un homme auquel la guerre d'Espagne ouvre les yeux sur l'importance du bombardement aérien tactique et qui participe à la guerre stratégique contre l'Allemagne sur les bombardiers lourds de la Royal Air Force. Le rôle que joue Pierre Gallois dans l'élaboration de la doctrine et de l'instrument nucléaires de la France dans les années cinquante et soixante ne peut être séparé d'une compréhension de sa contribution au renouveau spectaculaire de l'armée de l'Air française après la Deuxième Guerre mondiale.
    Stratégie de l'âge nucléaire en 1960 et Géopolitique, les voix de la puissance en 1990, encadrent intellectuellement l'oeuvre si considérable - des centaines de conférences, des milliers d'articles, quelques dizaines d'ouvrages - de l'analyste et du bretteur stratégiques, qui fut avec passion de tous les débats, souvent violents: le duel homérique avec Aron en 1960-1963, mais aussi la crise de l'OTAN, la place de l'arme tactique dans la dissuasion française, l'Arms Control, le Livre Blanc de 1972, la nouvelle politique militaire du tandem Giscard/Méry, la Révolution de la Précision, l'affaire des SS 20 et des Euromissiles, l'Initiative de défense spatiale américaine, l'expansion navale soviétique, le développement de la défense européenne, la guerre du Golfe, le Livre Blanc de 1994, la guerre des Balkans.
    Stratège en action ou stratège critique, quelle fut en profondeur l'influence de Pierre Gallois sur la politique militaire? En quoi l'avocat de l'« Atome militarisé » se rattache-t-il à la culture stratégique nationale? Comment son parcours aide-t-il à comprendre les succès et infortunes des innovateurs stratégiques en France depuis de Gaulle et son « armée de métier »?
    L'auteur, qui a pu bénéficier de nombreux entretiens avec Pierre Gallois, tâche de répondre à ces questions en historien qui ne dédaigne pas les outils de la sociologie. Il nous livre ici, à l'issue de six années de recherches sur archives, la première biographie intellectuelle scientifique de l'un des artisans de la dissuasion nucléaire.
    A travers elle, il promène un miroir dans lequel se donne à voir l'histoire de la pensée stratégique française au long du XXe siècle, d'une richesse ignorée.


  • meyerhold rêvait de rassembler en un seul fascicule des textes sur son métier de metteur en scène, comme une trace de son savoir et de son expérience.
    sont donc ici réunis aphorismes, cours, extraits de lettres et de conférences, sur ce qu'était pour lui la mise en scène, "la spécialisation la plus large du monde" comme il aimait à le répéter. outil de réflexion pratique, cet ouvrage propose une préface resituant ce grand metteur en scène dans son époque, avant et après la révolution russe, un appareil de notes et des repères biographiques. l'ensemble a été établi par béatrice picon-vallin, spécialiste du théâtre russe et traductrice de meyerhold.


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