• Si le lustre est d'abord l'emblème de la fête nocturne et des espaces de pouvoir (la galerie des glaces à Versailles, le Kremlin à Moscou), il a pris dans nos vies une place dont nous ne sommes pas toujours conscients. De Venise à Saint-Pétersbourg, il a enchanté les heures et les lieux dans la transparence de ses cristaux qui rendent la lumière légère et musicale.
    Mais il ne faut pas oublier pour autant les émerveillements de notre enfance sous la lumière plus modeste et douce qui toujours nous protège des ténèbres et fait reculer la nuit. Georges Banu nous raconte ainsi l'histoire de la lumière au théâtre, d'abord tremblante puis affirmée en source de joie collective, et ses métamorphoses sur les scènes modernes, jusqu'à une forme de résistance subtile à la misère du monde.
    Tout ce qui brille n'est pas vain, c'est aussi la force et l'obstination du merveilleux qui nous permet de supporter le quotidien.

  • En juillet 1994, le Festival d'Avignon rendit hommage à l'oeuvre d'Antoine Vitez. Une demi journée d'étude (l'après-midi du 18 juillet) fut consacrée à sa pratique traductive. Il s'agissait à la fois d'évoquer l'importance que Vitez accordait à la traduction, son goût et sa passion des langues, son intérêt spécifique pour les domaines russe, hellénique et allemand. La qualité des communications présentées ce jour-là - interventions, témoignages, analyses - fit alors l'objet d'une publication.
    Vingt ans plus tard, la pensée du grand metteur en scène continue de résonner : dans cette édition revue et augmentée, la traduction de théâtre s'interroge, se scrute, s'analyse, et son enjeu, saisir le geste qui institue l'oeuvre et commande la parole théâtrale, s'impose. Comme disait alors Antoine Vitez : «Traduire, c'est mettre en scène.»

  • Voir le théâtre japonais en Européen. Le vivre au jour le jour tout en saisissant ce qu'il engendre comme souvenirs du théâtre de Genet, Mnouchkine, Brook ou Vitez. « Les mythes se re-pensent entre eux », dit Lévi-Strauss. Les théâtres aussi. Dans des séquences brèves, Georges Banu surprend les moments d'un art porté à son comble - la disparition de l'acteur de nô, les exploits des maîtres de kabuki, la grâce de Tamasaburo ou les danses de Ohno - tout en révélant ce dont on ne parle jamais : la salle et ses passions. Son sommeil et son agitation, ses cris et ses cadeaux. Salle de spécialistes qui saluent l'art d'un acteur et la gloire de son nom. Si le Japon est l'empire des signes, son théâtre est l'empire du nom. C'est lui qu'on honore là où l'acteur s'en va sans plus jamais revenir. L'acteur qui ne revient pas - récit-aveu dans l'intimité d'une image : l'acteur du non-retour.
    Un aperçu historique présente les principales formes de théâtre traditionnel japonais : le nô, le kabuki et le bunraku.

  • Georges Banu met à plat les querelles, les pour et les contre, les amours et les désamours, qui animent amoureux et réticents du théâtre.

  • A travers ce recueil d'articles, Georges Banu cherche à dégager les points de fixation autour desquels s'organise le paysage théâtral d'une époque, en Europe. En y regardant de près, il décèle quelques "noeuds poétiques", la plupart formés autour de la figure de l'acteur.
    Très personnel et subjectif, ce livre s'apparente à une collection privée à l'aspect faussement disparate, car tous les éléments sont reliés autour d'un thème directeur : l'exploration parfois pointilliste de la matière théâtrale. Ces miniatures de longueur variable, souvent émouvantes par les spectacles et les artistes décrits, constituent un ensemble de notes pertinentes ou de petites focalisations sur une question récurrente : "Les coulisses démasquées", "Vidée, la scène vide ?", "La séduction des éclairages" ; sur un doute éprouvé : "La vidéo, Méphisto de la scène moderne", "L'attrait du laid et la scène allemande", "La langue basse, un effet de réel" ; sur un détail significatif : "Crânes rasés et torses poilus", "Chapeau melon et godillots usagés", "De Ionesco à Pina Bausch : petit traité des chaises", "Neige et fumée", "Le sang" ; ou encore sur une porte ouverte : "Le mur lézardé des langues", "Les saluts ou l'entre-deux du spectacle".
    "Le but secret consiste non pas à dresser un panorama ou un catalogue, mais à dégager et fixer ces points de fixation, points capiton autour desquels s'organise le paysage théâtral d'une époque. Pour y parvenir, il est indispensable d'avoir le recours à la "bibliothèque intérieure", constituée des spectacles vus ici ou ailleurs, à leur connaissance directe qui, seule, permet de saisir la diffusion d'une récurrence, la constitution d'une "figure" inscrite au coeur même de la représentation.
    J'aime dire en paraphrasant Prospéro que "je suis fait de l'étoffe des spectacles que j'ai vus", mais en même temps ces spectacles forment ma "bibliothèque intérieure" ordonnée selon les principes d'un amateur fervent et désordonné. C'est en consultant cette bibliothèque que je me suis livré à l'exercice de ces miniatures théoriques proposées ici. La miniature se définit par la précision du trait et la réduction du champ, équivalent ancien du gros plan actuel. Mais elle ne tient pas du fragment avec tout ce qu'il possède comme ouverture et implique comme brisure, non, la miniature concentre et rend lisible, de manière parfois microscopique, un paysage ou un visage. Ici la portée du choix a un rôle décisif, conséquence d'un désir de focalisation qui appelle le regard de près.
    La miniature fait l'économie du lien pour se concentrer sur le noeud. Et le "noeud" est ici l'acteur approché dans tout ce qu'il a d'unique, d'irremplaçable et d'exemplaire." (Georges Banu, extraits de l'introduction)

  • Voici un Tchekhov personnel signé par Georges Banu qui, depuis longtemps, fréquente ses textes et suit leurs mises en scène. Ce livre dessine le territoire de la fameuse tétralogie qui débute avec La mouette, se poursuit avec Les trois sours et Oncle Vania et s'achève avec La cerisaie, tétralogie dont l'auteur est l'un des exégètes les plus réputés. Cet essai met en évidence les grands motifs qui traversent l'ouvre. Il dégage aussi les résonances avec aujourd'hui, nées du regard de proximité posé sur l'homme et de la perspective lucide proposée sur l'histoire. Il existe un « monde » tchékhovien et ce livre en épouse le paysage visible, de même qu'il saisit les courants souterrains qui le traversent. Héritier du XIXe siècle et à l'orée du XXe siècle, ce théâtre se situe au carrefour de l'Ancien et du Nouveau : Tchekhov frappe à la porte et Beckett entre.

    Georges Banu, universitaire et essayiste, a consacré ses ouvrages aux grandes aventures de la mise en scène. Il est l'auteur d'essais sur les grandes pièces de Tchekhov et a dirigé le volume collectif consacré au Théâtre d'art (Théâtrales), où Tchekhov et Stanislavski occupent une place centrale.

    Il a reçu le Grand Prix de l'Académie Française (2014).

  • L'acteur rend muet ou enthousiaste. Mais il rend également inapproprié tout discours programmatique autant qu'il interdit toute approche systématique. Pour Georges Banu, il ne s'agit pas de proposer une théorie globale, mais plutôt de formuler un modèle 'mental', le modèle de 'l'acteur insoumis' nourri des expériences biographiques et des données culturelles. Cet acteur, par-delà le rôle, révèle une identité de plateau, identité artistique dont le public saisit la dimension unique. Le livre de Georges Banu invite à faire 'les voyages du comédien', en passant de l'acteur européen à l'acteur oriental, de l'acteur travesti à l'acteur étranger ou à l'acteur âgé. Il convoque et évoque certains des grands interprètes de notre temps, Gérard Philipe, Ryszard Cieslak, Sotigui Kouyaté, Yoshi Oida, André Wilms, Philippe Clévenot, Valérie Dréville, Hugues Quester, Marcel Iures... Ils représentent ces acteurs rares et singuliers qui vont 'au-delà du rôle'.
    Les voyages du comédien est né d'une fréquentation constante des salles et d'une passion pour l'acteur-poète. Livre d'un parcours de spectateur parvenu à son terme, spectateur ayant encore les yeux rivés sur l'acteur vivant qui, tout en interprétant un personnage, témoigne et se révèle depuis les plateaux de théâtre.

  • Ici la solution est fausse et la victoire trompeuse.
    Les maîtres perdent sans trahir et Lopakhine gagne en décapitant ce qu'il aime le plus au monde, la cerisaie. Au coeur de l'affrontement entre le symbolique et l'économique, la parabole du verger insauvable s'érige en énigme du siècle. Qui l'emportera ? A quel prix ? Et la victoire, quelles défaites présage-t-elle ? Ces interrogations reviennent dans le livre de Georges Banu qui se place entre le texte et la scène, entre le centre tchékhovien et ces satellites que sont les grandes représentations qui ont marqué les trente dernières années.
    Il s'appuie sur la connaissance directe des spectacles de Brook et Strehler, de Stein et Langhoff, de Lassalle et Serban, d'Efros et Zadek. Son "cahier de spectateur" témoigne de l'intimité d'un compagnonnage à même d'allier aux découvertes de ces Cerisaie exemplaires les aveux autobiographiques et les réflexions sur le théâtre inspirées par le destin du verger. Le théâtre, lui aussi, n'est-il pas menacé par les mêmes coups de butoir de la logique marchande et de la vitesse des loisirs ? Notre théâtre, La Cerisaie - cette assimilation traverse le livre de Georges Banu.
    Le Temps du théâtre explore les lieux de résistance où le théâtre forge ses raisons d'espérer. Une série d'essais où la pensée s'implique dans les destins de la scène contemporaine.

  • La scene surveillee

    Georges Banu

    A l'heure où, à l'échelle planétaire, la surveillance s'impose comme une condition moderne, Georges Banu en examine le fonctionnement dans de grands textes de théâtre où elle se cristallise autour de dispositifs variés.
    Dispositifs de surveillance profane qui, d'Hamlet à Tartuffe, de Britannicus au Balcon, réunissent sur le plateau surveillés et surveillants non pas sous l'oeil de Dieu, mais sous celui d'un spectateur surinformé. Surveillant
    privilégié ! La mise en scène se trouve prise entre le désir de s'appuyer sur ses techniques anciennes - la table d'Orgon ou la dissimulation de Néron - et la volonté d'intégrer les nouvelles technologies qui le rattachent au présent. A travers "la scène surveillée", se joue l'écartèlement du théâtre entre archaïsme et modernité. Marqué par sa jeunesse sous un régime totalitaire et nourri par son expérience d'homme de théâtre, Georges Banu analyse les formes de la surveillance et les diverses manières dont elle s'exerce sur un plateau, face à un spectateur aux aguets qui en subit tout à la fois l'attrait et l'horreur.

  • Tout homme de théâtre se confronte au défi de l'inaccompli, condition pour intégrer une équipe et parvenir au spectacle, somme des inaccomplissements individuels.

    Georges Banu examine ici ce paradoxe fondateur et témoigne également de ses propres inaccomplissements comme acteur, écrivain, professeur.

    Assumer l'inaccompli - accord préalable de quiconque se voue au théâtre.

  • Georges Banu, comme le personnage de Nina Berberova, se place dans la posture de l'accompagnateur qui parle à partir de l'intimité avec des artistes par lesquels il fut séduit. Grâce à des " exercices " qui allient rapidité du trait et pouvoir évocateur, il réunit ici Antoine Vitez, figure tutélaire qui manque tellement aujourd'hui, Jerzy Grotowski et Klaus Michael Grüber, Ariane Mnouchkine et Eugenio Barba, Andrei Serban et Yoshi Oida ainsi que des spectacles hors pair qui se confrontent à l'expression moderne du tragique. Ensemble dû aux affinités que tout accompagnateur assume : on n'accompagne que ce qui vous accompagne.
    Du présent vers le passé dont l'ombre portée persiste encore - c'est le chemin de ce livre où se retrouvent des précurseurs contrastés tels Beckett, Brecht, Meyerhold, Tchekhov d'un côté, Charles Garnier, les Nadar, Sarah Bernhardt de l'autre. Ils sont les protagonistes du combat entre moins et plus de théâtre qui, sans vainqueur ni vaincu, traversa le siècle.
    Captivé par " l'entre-deux " du théâtre, Georges Banu suit les voyages secrets qui vont de la parole aux chants, du texte au plateau, du maître à l'élève, de la scène au roman. Il révèle le plaisir que pareils " transports " procurent et se rattache ainsi à cette critique affirmative exercée par Bernard Dort qui marqua sa génération.
    Exercices d'accompagnement - un livre qui cherche à dire non pas pourquoi fuir le théâtre mais pourquoi le fréquenter encore.

  • Ariane Mnouchkine s'adresse à un acteur trop paniqué face à ses tâches : « Regarde ça comme on regarde les nuages et ça viendra ». Le repos détend et, en surmontant la crispation, libère ce qui autrement restait bloqué. C'est sur une plage ou, autrefois, dans un jardin que trouvé l'architecture des livres que je préparais obstinément sans pour autant pouvoir voir clair. « Les nuages, mes meilleurs amis », notait Cioran, un partisan actif du repos.

  • La porte au coeur de l'intime

    Georges Banu

    • Arlea
    • 12 Novembre 2015

    Nous sommes tous entourés de portes. Ouvertes, fermées ou entrebaillées.
    Fermer la porte, être mis à la porte, trouver porte close, laisser une porte ouverte, entr'ouverte ou franchir un seuil est, pour chacun d'entre nous, un acte quotidien, anodin ou essentiel.

    Georges Banu entreprend cette réflexion au coeur de nos vies. D'un élément inscrit dans le pragmatique et la vie de tous les jours, il fait un objet chargé de mystère et de sens. Il revisite ainsi l'histoire de la peinture occidentale et l'art scénique, dont il est un des plus fins connaisseurs, et nous entraine par la grâce des Annonciations à franchir le seuil, par le biais de la peinture flamande dans l'intériorité des couples, ou de Friedrich à Hammershoi dans le tragique des vies solitaires, et ce jusqu'à la peinture contemporaine qui passe du voyeurisme au fantasme, du jeu à l'absence de limite et de réconfort.
    Jamais plus, après avoir lu cette promenade insensée entre le dedans et le dehors, nous ne passerons une porte sans en éprouver la dimension de tendresse et de liberté données.

  • A l'origine, une intuition : " l'enfant qui meurt " comme motif récurrent dans le théâtre du monde, d'Occident en Orient.
    Par-delà tout ce qu'un tel décès procure comme désarroi et deuils personnels, le motif cristallise un rapport au monde, révèle des stratégies de pouvoir, concentre les peurs d'une époque. Des Grecs aux Romains, de Shakespeare à Racine, " l'enfant qui meurt " renvoie à des comportements mythiques ou à des stratégies politiques. Au terme du XIXe siècle le motif gagne en fréquence et se retrouve constamment chez Tchekhov ou Ibsen, Maeterlinck ou Hauptmann.
    Les raisons de ces décès divergent mais elles semblent toujours échapper à la volonté des humains : maladies, accidents, noyades, chutes... La mort de l'enfant frappe les personnages comme un résidu du destin tragique, aveugle et immaîtrisable, symptôme d'une crainte d'avenir, d'une menace de stérilité et d'une impossibilité de régénération. A la fin du XXe siècle, le motif fait retour mais chez Edward Bond, Sarah Kane, Franz Xaver Kroetz, Joël Pommerat, Laurent Gaudé, Wajdi Mouawad, Hanok Lévine, ce n'est plus le destin qui frappe, mais bien souvent la mère elle-même qui tue, agression délibérée contre le principe de vie.
    Le cinéma et les arts plastiques ne restent pas à l'écart et le motif s'y retrouve avec une égale intensité, toujours en raison du désarroi qui se généralise : égarement sans secours, douleur sans réponse, vie sans perspective, no future. " L'enfant qui meurt ", excès qui défie la représentation.

  • Avec brecht

    Georges Banu

    Avec brecht.
    Un livre de rencontres sur l'homme de théâtre qui marque cette seconde moitié du siècle. en témoignent ici des personnalités décisives de la scène occidentale, de générations différentes et entretenant avec brecht des rapports qui ne sont en rien uniformes : judith malina (créatrice avec julian beck du living theatre), peter stein (fondateur de la schaubühne de berlin et metteur en scène allemand), andré steiger (qui fut parmi les premiers à monter brecht en français), matthias langhoff (metteur en scène allemand qui a fait ses débuts au berliner ensemble), michel deutsch (écrivain et metteur en scène français, particulièrement intéressé par le théâtre du jeune brecht) et stéphane braunschweig (metteur en scène français ; les premiers textes de brecht ont été des étapes importantes de son parcours).
    Ni zélateurs, ni agresseurs, ces artistes interrogent lucidement la place que brecht a occupée dans leur travail et nous révèlent sa présence dans les entreprises théâtrales les plus radicales, mais aussi les plus contrastées.

  • Des murs... au mur

    Georges Banu

    • Grund
    • 8 Octobre 2009

    Le Mur de Berlin désigne pour l'imaginaire occidental le geste brutal de la séparation, il en est le symbole même. Dressé en une nuit, tombé en une nuit, il incarna la violence de la guerre froide et matérialisa, au coeur même d'une ville, les rigueurs du " Rideau de fer ". Sa Chute prendra le sens moderne d'une seconde " Prise de la Bastille " - deux siècles plus tard - préambule d'un monde nouveau, nullement utopique, mais libre. Si sur les rues de Berlin ses cicatrices s'effacent, dans la mémoire de ses habitants elles persistent. Le Mur est mythique. Les murs représentent le voeu d'enfermement qui a pour ancêtre la Muraille de Chine. Les murs isolent pour, dit-on, protéger de l'autre, de l'ennemi de l'extérieur : murs à la frontière des Etats-Unis et du Mexique, en Corée ou en Palestine, au Cachemire ou à Chypre, au Maroc... Leur fonction est politique tout autant que symbolique. Si elle remonte aux temps anciens, aujourd'hui elle se charge de couleurs autrement plus tragiques. Les murs, solution primitive pour des conflits irrésolus. Mais n'oublions pas que d'autres murs existent, le Mur des lamentations à Jérusalem, le Mur des Fédérés à Paris, le Mur de Juliette à Vérone... murs sur lesquels s'écrivent les espoirs ou se murmurent les attentes, murs qui permettent les retrouvailles avec soi-même, murs de mémoire et de prière, murs de réconciliation. Actuels ou archaïques, les murs déposent toujours leurs empreintes sur les vies autant que sur les esprits. Murs dont on souhaite ou dont on fête la chute, comme aujourd'hui, et murs face auxquels on se recueille. Tous les murs ne se ressemblent pas. C'est ce dont Georges Banu, tantôt procureur, tantôt défenseur, parle ici.

  • L'Oubli, l'acte imprévu d'un amoureux des souvenirs.

    Critique, essayiste, théoricien du théâtre, Georges Banu n'a cessé, depuis près de trente ans, de bâtir la mémoire du théâtre, donnée en partage dans ses livres et ses études. Entreprise folle, désespérée, qui a besoin de son double souterrain pour tenir le coup. Car l'oubli n'est pas l'ennemi naturel de la mémoire, il peut même en devenir l'allié subjectif. A condition de l'assumer.

    Entre le biographique et le théorique, c'est à cet exercice fragile et pointilliste que se consacre cet "essai en miettes", de Georges Banu qui, paradoxalement, pour parler de l'oubli et ses disparitions, se souvient de beaucoup de phrases, réflexions et expériences, citées et méditées


  • a partir de l'" espace vide " et avec son groupe international, peter brook s'est lancé, depuis plus de trente ans, dans la quête des " formes simples ".
    il a poussé le théâtre vers sa concentration extrême sans jamais sacrifier la présence de la matière ou le bonheur du jeu. et cela afin de s'adresser toujours à la communauté tout entière. il s'est appuyé sur le modèle shakespearien et a fréquenté le territoire africain. de shakespeare, ce qui lui semble essentiel à capter, c'est la fluidité. il l'érige en vertu essentielle de son travail qui s'accomplit à paris dans ce théâtre unique que sont les bouffes-du-nord.
    abattre les cloisons et ne jamais interrompre le mouvement, véritable règle de conduite, théâtrale et personnelle. l'afrique, continent de la magie préservée et de la famine chronique, oú brook retrouve, réunis, le brut et le sacré, le visible et l'invisible, a fini par se constituer en véritable construction mentale. elle acquiert chez lui les mêmes valeurs que les villages mythiques de chagall ou kantor, vitebsk et wielopole.
    c'est son afrique. témoin toujours présent, alternant le récit, l'aveu et la réflexion, georges banu retrace ici cette spécificité brookienne qui s'est dégagée à travers des spectacles mémorables tels timon d'athènes, la conférence des oiseaux, carmen, la cerisaie, le mahabharata, la tempête, l'homme qui, tierno bohar. , stations de la voie conduisant vers un théâtre premier.

  • Au théâtre, la mémoire est paradoxale.
    D'un côté, en tant qu'art, au moins en occident, il n'a qu'une mémoire partielle, trouée, fragmentaire, et de l'autre, il tient de la chose remémorée qui, aujourd'hui encore plus que d'habitude, cherche à se montrer dans l'actualité d'un corps, d'un spectacle. Malgré cette passion récente, le théâtre depuis toujours s'immerge dans ce qui remonte d'autrefois et l'acteur accomplit en lui-même les épousailles de l'ancien temps avec celui de maintenant.
    Il sert de support et de médiateur, de pont et de souricière - il est au carrefour des durées, car au théâtre le passé s'incarne, devient présent.

  • Les recits d'horatio - rencontres et paroles des maitres de la scene europeenne Nouv.

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