L'editeur Singulier

  • Introuvable depuis des années, ce roman publié en 1983 aux éditions Robert Laffont a peu à peu acquis la réputation d'un livre culte. À cause du destin de son auteur, mort prématurément à 27 ans, mais aussi parce qu'il s'agit d'un des rares romans français à évoquer à chaud et avec un réel talent la période post-punk / new wave du tournant années 70/80.
    L'action des Chérubins électriques commence en 1978 pour se terminer presque deux ans plus tard. On y suit une bande de jeunes gens plutôt aisés à peine sortis de l'adolescence : des garçons et des filles qui font trop la fête, boivent, se droguent beaucoup, couchent ici et là, jouent à s'aimer sans conviction. Ils écoutent Lou Reed ou John Cale ; ils sortent au Rose Bonbon, au Roxy, au Palace ou aux Bains... Une vie trop facile qui a le goût doux-amer de l'ennui. Pour tromper cet ennui, Philippe, le narrateur principal (en qui on reconnaît un double de l'auteur), s'essaie à la littérature. Il décide aussi de créer un groupe de rock avec certains de ses amis. Répétitions, premiers concerts, premier disque... Le succès est au rendez-vous, avec dans son sillage encore plus de drogue, des groupies, des bagarres dans les boîtes de nuit, des voyages à Berlin ou à New York... Jusqu'au jour où le narrateur décide de mettre fin à cette aventure, trop factice à son goût. Il saborde le groupe, songe fugitivement au suicide, avant de se tourner vers la vie ... vers l'amour, imagine-t-on, et l'écriture.
    Ce livre étonne d'abord par la maîtrise de sa langue, très châtiée, presque classique, qui contraste étonnamment parfois avec l'univers qu'elle décrit. L'auteur évoque les jeux de l'amour, la musique, la nuit, mais aussi la drogue, omniprésente, qui donne lieu à des pages saisissantes. C'est la chronique insouciante et excessive du passage d'une époque à une autre.

  • Le 15 mai 1968 au soir, des centaines de manifestants, essentiellement des étudiants et des intellectuels, s'emparent du théâtre de l'Odéon, dirigé par Jean-Louis Barrault. Le bâtiment est alors occupé et cesse toute activité théâtrale. Il se transforme en une tribune libre, ouverte à tous, de jour comme de nuit ; des centaines de milliers de personnes vont y défiler - jeunes et vieux, bourgeois et ouvriers, anonymes et personnalités... Ici, chacun pourra prendre la parole, s'exprimer sur la vie, la société, le monde, ou bien simplement écouter, observer en curieux... L'expérience va durer un mois, jusqu'à l'intervention des CRS, le 14 juin.

    Publié en 1968, La Prise de l'Odéon est l'histoire de cette aventure unique, racontée par l'un de ses instigateurs et animateurs. L'ouvrage, jamais réédité, offre cinquante ans après un témoignage de première main sur un épisode à la fois connu et méconnu de mai 68. Historien et romancier, révolutionnaire apolitique, individualiste et mystique, Patrick Ravignant livre un récit aussi passionné que passionnant, plein d'intensité, de ce véritable happening démocratique. La Prise de l'Odéon vibre d'une énergie folle et résonne de façon étonnamment moderne. Car il y avait du Nuit Debout avant l'heure, dans la prise de l'Odéon...

  • Cette revue, dont c'est le premier numéro, se veut singulière à plus d'un titre : par son rythme de parution (elle est annuelle) et son format (13x18 cm, poche). Par son contenu, aussi, qui n'a d'autre unité que les admirations, goûts et trouvailles de son éditeur. Pas de thématique donc.

  • De 1988 à 1999, Didier Lestrade a publié dans Libération des chroniques consacrées à un genre musical absent jusque-là de la presse française, la " dance music ".
    La part belle était faite à la house, née au milieu des années 8o à Chicago, Detroit et New York. Drôles et vivants, parfois lyriques, voire nostalgiques, écrits dans un style très personnel, les articles de Didier Lestrade ont nourri et inspiré des milliers de lecteurs. L'auteur y séduit par sa générosité et sa spontanéité, par sa liberté et un amour sincère de la musique qu'il défend. Ce livre propose une sélection (effectuée par l'auteur) de ces centaines de chroniques.
    Une formidable occasion de revivre l'âge d'or d'une musique qui, après être longtemps restée un minuscule courant underground, constitue désormais le fond sonore de notre époque.

  • Maurice Barrès et Jean Moréas, Paul Bourget, Henri Taine, Jules Barbey d'Aurevilly, Charles Baudelaire, Honoré de Balzac et Stendhal : ce sont huit figures du dandysme français - ou plutôt, «à la française» - qui sont convoquées ici. Sans craindre de s'attarder sur le pli d'un pantalon, le jonc d'une canne, la dentelle d'une lavallière ou des boutons de bottines, Eugène Marsan se joue des apparences pour plonger au plus intime des oeuvres et des hommes.

    Ces portraits sont précédés par Les cannes de M. Paul Bourget, un texte publié en 1909 dans le premier numéro de la revue Le Divan.C'est le récit d'une visite que fait à Paul Bourget le double d'Eugène Marsan, Sandricourt, dilettante et archéologue de profession. Il est certes question de cannes, mais aussi et surtout du dandysme, là encore, le temps d'une fantaisie élégante et amusée au style exemplaire.

    Injustement oublié, Eugène Marsan (1882-1936) fut un chroniqueur aussi prolifique que talentueux. Ce « classique de principe », comme il se définissait lui-même, salua dès leur premier livre des écrivains aussi divers que Proust, Céline, Malraux ou Drieu la Rochelle. Eugène Marsan, qui fréquentait le fameux Club des Longues Moustaches, est aussi l'auteur de quelques recueils où, dans un style exemplaire, il laisse libre cours à son goût du marivaudage et d'un certain dandysme. Un dandysme dont il est éminemment question dans les portraits (Barrès, Taine, Barbey d'Aurevilly, Baudelaire, Balzac ou encore Stendhal) présentés ici, ainsi que les Cannes de M. Paul Bourget, qui les précèdent.

  • Publié en 1979, et depuis longtemps introuvable, ce Second manifeste camp est le premier ouvrage de Patrick Mauriès. Éclairé par les figures tutélaires d'Andy Warhol et de Roland Barthes, ce traité chic, savant et désinvolte, théorique et ironique, en tout cas unique en son genre, tente de redéfinir une notion mise en lumière par l'essayiste Susan Sontag en 1964. « Dandysme postmoderne », ni mondain, ni snob, ni kitsch, et tout cela à la fois, le camp selon Patrick Mauriès navigue entre culture élitiste et mauvais goût assumé. Procédant par fragments, et à coup de références, l'auteur fait cohabiter les films de Werner Schroeter, les publicités Dim, la peinture baroque italienne, la disco, Jean-Jacques Schuhl, la haute couture et la mode vintage, Winnie the Pooh, McDonald's, le salon de thé Angelina, le Palace, etc. Un mélange des genres dont la modernité reste intacte.

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