Arts et spectacles

  • Plutôt qu'une traditionnelle fresque historique, l'auteur propose une flânerie au fil des mots, en un distrayant abécédaire qui permet de revisiter les grandes et les petites histoires du Moulin le plus célèbre du monde. En jouant à saute-mouton à travers le temps, le lecteur passera des frasques de la Belle Epoque, ses « cancaneuses » effrontées et ses « diseuses », aux grandes revues de l'entre-deux-guerres qui firent de Mistinguett la star absolue, jusqu'au Moulin Rouge d'aujourd'hui, microcosme magique, avec ses artistes et ses techniciens, ses artisans d'art ; au passage, il saluera Colette et la Goulue, Yves Montand, Gesmar, Doris Haug et ses Doriss Girls, qui continuent d'emporter les spectateurs dans le tourbillon des « écumants dessous de dentelle » chers à Francis Carco.

  • Difficile de résumer Mouloudji, artiste protéiforme, doué de tous les talents et orphelin de son enfance. Enfant-acteur prodige (les Disparus de St Agil), écrivain "existentialiste" (Enrico, En souvenir de Barbarie), peintre (plus de six cents toiles), acteur de théâtre (la Tête des autres) et de cinéma (nous sommes tous des assassins), il traversa le siècle sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger, posant sur les êtres et les choses son sourire ravageur et sa tendresse mélancolique. Pour le "Papillon noir" du Flore, comme le surnommait Cocteau, Montmartre fut un refuge. Il y habita, s'y produisit (Aux Trois Baudets, Chez ma cousine...). Avant et pendant la guerre, en "petit invité", il côtoya Prévert, Desnos, Jean-Louis Barrault, Charles Dullin, Picasso, Boris Vian, la "famille" Sartre, Jean Genet, Audiberti et tant d'autres. Il fut, dans les années cinquante, numéro 1 au hit-parade des chanteurs à "texte". Découvrir Mouloudji tout autour de la Butte, c'est entrer dans la nostalgie d'une époque magique où tout était possible, où talent s'écrivait souvent avec un "s".

  • Ce n'est pas uniquement pour son talent, le souvenir vivant laissé par la chanteuse aux mille chansons enregistrées dans toutes les langues, aux cent millions de disques vendus dans le monde, que Yolanda Gigliotti, née en 1933 à Choubra, faubourg pauvre du Caire, est entrée dans le panthéon du coeur populaire, touts continents et générations réunis, sous le nom de Dalida : c'est aussi par son destin aux dimensions d'un opéra tragique, où Eros et Thanatos - l'amour et la mort - n'ont cessé de mêler leurs arabesques, enchaînant les figures d'une chorégraphie sombre et passionnée.
    La dualité intime entre Dalida, diva glorieuse, véritable " Callas du peuple parvenue au sommet à force de défis relevés et de combats remportés, et Yolanda, " Bint Choubra " (la fille de Choubra) vouée aux amours douloureuses, pour qui les bonheurs simples restaient inaccessibles, donne à cette femme complexe le double profil d'Ishtar, la déesse babylonienne de l'amour et de la guerre. C'est à partir de la tragédie de San Remo, en 1967, où sa liaison avec le jeune chanteur Luigi Tenco l'amena à rejouer, dans la vie réelle, toute la partition lyrique de Roméo et Juliette, que Dalida acquit une dimension mythique, expliquant l'attachement durable à sa personne.
    Humaine, trop humaine, fragile, touchante, cherchant l'amour véritable jusqu'à l'épuisement de l'être, Yolanda poursuivit une quête sentimentale jamais assouvie, qui se prolongeait dans l'art de Dalida et l'enrichissait. Une vie marquée par le thème de l'autodestruction - les trois hommes qui ont le plus compté pour elle se sont suicidés ; elle-même a orchestré son départ à la manière d'une prêtresse antique - mais aussi par une profonde recherche spirituelle : séjours en ashram, lectures avides des philosophes et théologiens, psychanalyses, Dalida était animée par une dimension intellectuelle qui fait de cette chanteuse, décidément, un personnage hors du commun.
    Figure de femme éternelle, qui interroge le coeur et l'esprit, pourvoyeuse d'émotion, de réflexion et de rêve. Dalida est la plus récente des grandes figures entrées dans la légende de Montmartre. Sa mémoire hante le dernier village de Paris, du cimetière où sa tombe est toujours aussi demandée à sa grande maison blanche de la rue d'Orchampt. Sur la place qui porte son nom, son buste de bronze, qui veille, yeux mi-clos, avec un air de sphinge, sur les magies du château des Brouillards semble installé là de toute éternité.

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