La Belle Gabrielle

  • Plutôt qu'une traditionnelle fresque historique, l'auteur propose une flânerie au fil des mots, en un distrayant abécédaire qui permet de revisiter les grandes et les petites histoires du Moulin le plus célèbre du monde. En jouant à saute-mouton à travers le temps, le lecteur passera des frasques de la Belle Epoque, ses « cancaneuses » effrontées et ses « diseuses », aux grandes revues de l'entre-deux-guerres qui firent de Mistinguett la star absolue, jusqu'au Moulin Rouge d'aujourd'hui, microcosme magique, avec ses artistes et ses techniciens, ses artisans d'art ; au passage, il saluera Colette et la Goulue, Yves Montand, Gesmar, Doris Haug et ses Doriss Girls, qui continuent d'emporter les spectateurs dans le tourbillon des « écumants dessous de dentelle » chers à Francis Carco.

  • Sur les deux rives du boulevard de Clichy coule le vice. Tout commence, ou presque, au XIXe siècle. Les lorettes qui ne fréquentaient pas assidûment leur Notre-Dame, arrondissaient leurs maigres salaires de cousettes en négociant leurs charmes. Elles ont une ambition : devenir l une de ces courtisanes dont les hôtels particuliers se dressent à deux pas des galetas où elles ont débuté leur carrière. Au fil des ans, toute une société parallèle se constitue où se croisent voyous, artistes, gangsters, truands, gigolos. Des bastringues où les filles se déhanchaient en des charivaris infernaux jusqu aux boîtes louches enfumées, une longue promenade dans le temps où crime rime avec tapine.

  • La suite de notre petit périple à travers les rues étroites de Montmartre, en passant par des établissements de plaisir fréquentées par une clientèle d'humeur festive, va lentement se diriger vers un univers plus inquiétant dans lequel la quête des paradis artificiels prime de plus en plus au fil des années.
    Le vice est de plus en plus présent et on assiste à une augmentation des crimes liés à l'homosexualité. Les clients des putes, pour certains, doivent parfois faire face à la « dure réalité » de leur partenaire, d'une nuit. La violence est bien sûr toujours présente, mais les rivalités ne tournent souvent plus autour d'une « gagneuse » et de son turf, mais des portes cochères et autres poubelles pour planquer la réserve des dealers.
    Le principal est qu'à Pigalle on trouve toujours ce qu'on est venu chercher.

  • La presse a longtemps utilisé les vendeurs à la criée comme moyen de diffusion auprès du grand public, ceux-ci lui permettaient alors de répandre les nouvelles les plus sensationnelles le plus rapidement possible.
    Les faits divers et crimes de toute nature y occupaient naturellement une grande place. Plus les crimes étaient atroces, plus les lecteurs en redemandaient et plus les ventes augmentaient. La presse hebdomadaire s'est saisie de l'occasion en créant même des titres comme « Détective » et bien d'autres. « Demandez le journal ! » rassemble des extraits typiques et marquants de cette époque jusqu'à nos jours, en y puisant, ainsi que dans de nombreux rapports de police, des informations concernant Montmartre et ses alentours.

  • " Un taxi passera vous prendre à vingt heures, devant l'entrée du café des Quatre Sans Cou. Il vous suffira de dire au chauffeur la phrase suivante : Va où je vais le Terrifique, va, va, va. Il paraît que vous vous êtes vanté auprès de vos petits camarades de m'avoir déjà rencontré. Si vous osez vous asseoir dans ce taxi, tout à l'heure, votre mensonge n'en sera plus un. A vous de savoir s'il est bon pour un jeune poète d'affronter la réalité. " Voici le billet que reçoit, un matin d'octobre 1928, le jeune poète Robert Desnos, alors journaliste au quotidien Paris Matinal. Embarqué dans un étrange taxi, il est conduit chez le prince de l'effroi, dans une maison truquée du haut Montmartre, construite pour lui par un architecte autrichien. L'Insaisissable ouvre alors pour lui de troublantes perspectives... Et oriente son destin. Une traque dangereuse, en dessous, au-dessus et aux confins de Paris, où l'ombre immense ne cesse de semer d'épouvantables prodiges sur la route des artistes.

  • Ce n'est pas uniquement pour son talent, le souvenir vivant laissé par la chanteuse aux mille chansons enregistrées dans toutes les langues, aux cent millions de disques vendus dans le monde, que Yolanda Gigliotti, née en 1933 à Choubra, faubourg pauvre du Caire, est entrée dans le panthéon du coeur populaire, touts continents et générations réunis, sous le nom de Dalida : c'est aussi par son destin aux dimensions d'un opéra tragique, où Eros et Thanatos - l'amour et la mort - n'ont cessé de mêler leurs arabesques, enchaînant les figures d'une chorégraphie sombre et passionnée.
    La dualité intime entre Dalida, diva glorieuse, véritable " Callas du peuple parvenue au sommet à force de défis relevés et de combats remportés, et Yolanda, " Bint Choubra " (la fille de Choubra) vouée aux amours douloureuses, pour qui les bonheurs simples restaient inaccessibles, donne à cette femme complexe le double profil d'Ishtar, la déesse babylonienne de l'amour et de la guerre. C'est à partir de la tragédie de San Remo, en 1967, où sa liaison avec le jeune chanteur Luigi Tenco l'amena à rejouer, dans la vie réelle, toute la partition lyrique de Roméo et Juliette, que Dalida acquit une dimension mythique, expliquant l'attachement durable à sa personne.
    Humaine, trop humaine, fragile, touchante, cherchant l'amour véritable jusqu'à l'épuisement de l'être, Yolanda poursuivit une quête sentimentale jamais assouvie, qui se prolongeait dans l'art de Dalida et l'enrichissait. Une vie marquée par le thème de l'autodestruction - les trois hommes qui ont le plus compté pour elle se sont suicidés ; elle-même a orchestré son départ à la manière d'une prêtresse antique - mais aussi par une profonde recherche spirituelle : séjours en ashram, lectures avides des philosophes et théologiens, psychanalyses, Dalida était animée par une dimension intellectuelle qui fait de cette chanteuse, décidément, un personnage hors du commun.
    Figure de femme éternelle, qui interroge le coeur et l'esprit, pourvoyeuse d'émotion, de réflexion et de rêve. Dalida est la plus récente des grandes figures entrées dans la légende de Montmartre. Sa mémoire hante le dernier village de Paris, du cimetière où sa tombe est toujours aussi demandée à sa grande maison blanche de la rue d'Orchampt. Sur la place qui porte son nom, son buste de bronze, qui veille, yeux mi-clos, avec un air de sphinge, sur les magies du château des Brouillards semble installé là de toute éternité.

  • Difficile de résumer Mouloudji, artiste protéiforme, doué de tous les talents et orphelin de son enfance. Enfant-acteur prodige (les Disparus de St Agil), écrivain "existentialiste" (Enrico, En souvenir de Barbarie), peintre (plus de six cents toiles), acteur de théâtre (la Tête des autres) et de cinéma (nous sommes tous des assassins), il traversa le siècle sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger, posant sur les êtres et les choses son sourire ravageur et sa tendresse mélancolique. Pour le "Papillon noir" du Flore, comme le surnommait Cocteau, Montmartre fut un refuge. Il y habita, s'y produisit (Aux Trois Baudets, Chez ma cousine...). Avant et pendant la guerre, en "petit invité", il côtoya Prévert, Desnos, Jean-Louis Barrault, Charles Dullin, Picasso, Boris Vian, la "famille" Sartre, Jean Genet, Audiberti et tant d'autres. Il fut, dans les années cinquante, numéro 1 au hit-parade des chanteurs à "texte". Découvrir Mouloudji tout autour de la Butte, c'est entrer dans la nostalgie d'une époque magique où tout était possible, où talent s'écrivait souvent avec un "s".

  • Ce 21 décembre 1911, deux hommes armés braquent la succursale de la Société Générale de la rue Ordener, dans le XVIIlè arrondissement, à deux pas de Montmartre.
    Ils s'enfuient en auto. C'est la première fois que des malfrats utilisent une voiture volée, pour dévaliser un établissement bancaire. Jules Joseph Bonnot, né en 1876 dans le Doubs, était un précurseur ! Jacques Mesrine aurait pu être son émule. La bande à Bonnot vient d'entrer dans la légende, une légende où se mêlent grand banditisme et anarchisme. Jules Bonnot, le détrousseur des riches qui devait devenir ennemi public n° 1 et mourir sous les balles de la police était un militant pur et dur.
    Le début du siècle, juste avant la grande guerre qui va faucher des millions de jeunes gens, avait vu fleurir cette espèce de révoltés qui ne voulaient " ni Dieu, ni maître ". Leur vie ne valant rien à leurs yeux, ils n'hésitaient pas à tuer, multipliant attentats et assassinats. Voulant embraser le monde, comme s'ils avaient pressenti la boucherie à venir.

  • Montmartrois par ses amis, Picasso, Apollinaire, Max Jacob, et par son goût du canular, " poète breton et pêcheur à la ligne professionnel ", cycliste monomaniaque, il a été dévoré par sa créature, le père Ubu, joué au pied de la Butte. Mais son oeuvre est beaucoup plus complexe et reste à redécouvrir. Célébrons le centenaire de sa mort, le 1er novembre 1907.

  • Célèbre par Les Croix de bois et l'invention de l'âne peintre Boronali, journaliste pour Clemenceau, il a inventé le canular moderne, bien avant Francis Blanche. Le seul à se raser au Louvre, devant La Joconde ! Il est le témoin n°1 de l'histoire de la Butte. Avec tendresse, minutie, mais sans complaisance.

  • Elle incarne la liberté et la justice, ce n'est pas facile d'être une statue de la démocratie en marche. On a fait le l'institutrice passionnée de la Butte une martyre. Elle a servi de drapeau aux uns et aux autres. Mais elle n'a jamais fait de concessions. Y compris dans son propre camp. Forte ? Sans doute. Inflexible, sûrement.

  • Le "saint" le moins recommandable mais le plus séduisant. Une légende à lui tout seul. Une prodigieuse faculté d'invention et de dérision qui a fait parfois oublier son talent de poète. Mais il a fait de sa vie un poème dont la dernière strophe est tragique. Inventeur de Picasso. Trop complexe pour être accessible ?

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