Samanta Schweblin

  • Le phénomène se propage rapidement aux quatre coins du globe. Tout le monde en parle, tout le monde veut en avoir un. Lapins, corbeaux, dragons... les kentukis sont de petits robots en forme de peluche, dotés d'une caméra et de trois roues mobiles qui leur assurent une certaine autonomie. Ils sont connectés au hasard à un utilisateur anonyme qui a acheté le droit de les habiter et qui peut se trouver n'importe où sur la planète. Voilà pourquoi ces créatures, qui errent désormais librement dans les maisons et les bureaux, ne sont pas complètement ino ensives : elles scrutent les conduites, enregistrent les conversations et interviennent constamment dans la vie des autres.
    Ainsi, une retraitée de Lima peut suivre les mésaventures d'une jeune femme allemande et se réjouir ou s'inquiéter de son sort ; un garçon du Guatemala peut se lancer dans une aventure en Norvège et voir la neige pour la première fois ; un jeune Italien, père fraîchement divorcé, peut combler le vide laissé par son ex-femme. Les possibilités sont infinies mais pas toujours très claires : outre la curiosité et la tendresse, le dispositif suscite de nouvelles formes de voyeurisme, d'obsession, de sexualité et de danger.
    Déployant une langue et un imaginaire que l'on compare à ceux de Shirley Jackson et de David Lynch, Samanta Schweblin emporte le lecteur dans une atmosphère hypnotique, aux frontières du thriller et de la science-fiction, et offre une histoire surprenante, sans point mort et radicalement contemporaine.

  • Quelque part dans la campagne argentine, Amanda passe ses vacances avec sa fille Nina. Au village, elles rencontrent la fascinante Carla, dont le fils David, un garçon à la conduite étrange, a attrapé une mystérieuse maladie. Peu à peu, le récit de Carla et la conscience d'Amanda s'entrelacent, révélant la menace qui plane sur les enfants, sur elles-mêmes et sur bien d'autres encore. S'agit-il de l'air ou de l'eau qui seraient contaminés? Ou faut-il y voir les signes d'un péril plus diffus, plus sournois et peut-être, littéralement, inimaginable?
    L'écriture magnétique et obsessionnelle de Samanta Schweblin part à la recherche de ce moment où tout bascule, où les vacances virent au cauchemar, où les relations d'amour condamnent au lieu de sauver.
    /> Formidable radiographie de la peur, Toxique est un bref roman à la tension vertigineuse, qui progresse comme une enquête à plusieurs voix vers une terrible vérité. Il cache un secret qui nous effraie autant qu'il nous attire.

  • Ce recueil de nouvelles, qui a pour cadre la campagne argentine où tout semble normal et un peu ennuyeux mais où l'étrange et l'angoissant guette tout un chacun à chaque détour de sentier, se situe dans la grande tradition du fantastique du Rio de la Plata exploré par Borges, Bioy Casares, Cortazar. La nouvelle qui donne son titre au recueil raconte l'histoire d'une jeune fille d'une extrême douceur qui ne se nourrit que de moineaux vivants, sous le regard de ses parents incrédules. Dans un autre texte, des centaines de femmes abandonnées par leur mari au bord d'une route crient leur désespoir jusqu'au moment où une voiture s'arrête et... Dans un autre encore, un homme tue sa femme et met son corps dans une grande valise, puis court chez son psychiatre qui tente de le calmer et, en ouvrant la valise, s'extasie comme devant une oeuvre d'art et organise un vernissage. Les personnages de Samanta Scwheblin, loin d'affronter l'insolite et l'étrange, s'y résignent et acceptent l'anomalie comme si elle faisait partie du réel. C'est en cela, entre autres, que réside la force et la singularité de ces nouvelles, écrites dans une prose ciselée jusqu'à la limpidité et le dépouillement.

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