Jean-Manuel Gabert

  • Ce n'est pas uniquement pour son talent, le souvenir vivant laissé par la chanteuse aux mille chansons enregistrées dans toutes les langues, aux cent millions de disques vendus dans le monde, que Yolanda Gigliotti, née en 1933 à Choubra, faubourg pauvre du Caire, est entrée dans le panthéon du coeur populaire, touts continents et générations réunis, sous le nom de Dalida : c'est aussi par son destin aux dimensions d'un opéra tragique, où Eros et Thanatos - l'amour et la mort - n'ont cessé de mêler leurs arabesques, enchaînant les figures d'une chorégraphie sombre et passionnée.
    La dualité intime entre Dalida, diva glorieuse, véritable " Callas du peuple parvenue au sommet à force de défis relevés et de combats remportés, et Yolanda, " Bint Choubra " (la fille de Choubra) vouée aux amours douloureuses, pour qui les bonheurs simples restaient inaccessibles, donne à cette femme complexe le double profil d'Ishtar, la déesse babylonienne de l'amour et de la guerre. C'est à partir de la tragédie de San Remo, en 1967, où sa liaison avec le jeune chanteur Luigi Tenco l'amena à rejouer, dans la vie réelle, toute la partition lyrique de Roméo et Juliette, que Dalida acquit une dimension mythique, expliquant l'attachement durable à sa personne.
    Humaine, trop humaine, fragile, touchante, cherchant l'amour véritable jusqu'à l'épuisement de l'être, Yolanda poursuivit une quête sentimentale jamais assouvie, qui se prolongeait dans l'art de Dalida et l'enrichissait. Une vie marquée par le thème de l'autodestruction - les trois hommes qui ont le plus compté pour elle se sont suicidés ; elle-même a orchestré son départ à la manière d'une prêtresse antique - mais aussi par une profonde recherche spirituelle : séjours en ashram, lectures avides des philosophes et théologiens, psychanalyses, Dalida était animée par une dimension intellectuelle qui fait de cette chanteuse, décidément, un personnage hors du commun.
    Figure de femme éternelle, qui interroge le coeur et l'esprit, pourvoyeuse d'émotion, de réflexion et de rêve. Dalida est la plus récente des grandes figures entrées dans la légende de Montmartre. Sa mémoire hante le dernier village de Paris, du cimetière où sa tombe est toujours aussi demandée à sa grande maison blanche de la rue d'Orchampt. Sur la place qui porte son nom, son buste de bronze, qui veille, yeux mi-clos, avec un air de sphinge, sur les magies du château des Brouillards semble installé là de toute éternité.

  • Célèbre par Les Croix de bois et l'invention de l'âne peintre Boronali, journaliste pour Clemenceau, il a inventé le canular moderne, bien avant Francis Blanche. Le seul à se raser au Louvre, devant La Joconde ! Il est le témoin n°1 de l'histoire de la Butte. Avec tendresse, minutie, mais sans complaisance.

  • " Un taxi passera vous prendre à vingt heures, devant l'entrée du café des Quatre Sans Cou. Il vous suffira de dire au chauffeur la phrase suivante : Va où je vais le Terrifique, va, va, va. Il paraît que vous vous êtes vanté auprès de vos petits camarades de m'avoir déjà rencontré. Si vous osez vous asseoir dans ce taxi, tout à l'heure, votre mensonge n'en sera plus un. A vous de savoir s'il est bon pour un jeune poète d'affronter la réalité. " Voici le billet que reçoit, un matin d'octobre 1928, le jeune poète Robert Desnos, alors journaliste au quotidien Paris Matinal. Embarqué dans un étrange taxi, il est conduit chez le prince de l'effroi, dans une maison truquée du haut Montmartre, construite pour lui par un architecte autrichien. L'Insaisissable ouvre alors pour lui de troublantes perspectives... Et oriente son destin. Une traque dangereuse, en dessous, au-dessus et aux confins de Paris, où l'ombre immense ne cesse de semer d'épouvantables prodiges sur la route des artistes.

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